THCV (tétrahydrocannabivarine) : définition, recherche et statut légal en France

Avertissement : cet article présente une molécule du chanvre, l’état de la recherche scientifique et le cadre légal qui s’y applique. Il ne décrit aucun effet sur la santé et ne constitue ni un conseil médical ni une incitation à consommer. Le THCV n’est pas un médicament autorisé. Contenu réservé aux personnes majeures.
Le THCV, ou tétrahydrocannabivarine, est une molécule présente dans le cannabis qui suscite l’intérêt de la communauté scientifique. Ses propriétés font l’objet de recherches encore préliminaires. En France, il est exclu de la liste des stupéfiants uniquement lorsque sa teneur ne dépasse pas 0,3 % ; au-delà, il relève de ce classement. Dans cet article, nous vous proposons un tour d’horizon des enjeux liés à cette substance, ainsi que les règles en vigueur.
À retenir
- Le THCV est un cannabinoïde naturel du chanvre, de structure proche du THC.
- Depuis la mise à jour de l’ANSM du 4 juin 2024, le THCV n’est exclu de la liste des stupéfiants que si sa teneur ne dépasse pas 0,3 %.
- Un produit enrichi en THCV au-delà de ce seuil n’est donc pas légal en France.
- Le H4CBD, autrefois présenté comme une alternative légale, est classé comme stupéfiant depuis le 3 juin 2024.
- Les recherches sur le THCV restent préliminaires : aucun produit au THCV n’est autorisé comme médicament.
Qu’est-ce que le THCV ?
Le THCV, pour tétrahydrocannabivarine, est l’un des nombreux cannabinoïdes présents dans la plante de cannabis. Comme ses cousins plus célèbres, le THC (tétrahydrocannabinol) et le CBD (cannabidiol), il interagit avec le système endocannabinoïde, un réseau complexe de récepteurs et d’enzymes présent dans notre corps et impliqué dans un grand nombre de processus physiologiques. Comme les autres cannabinoïdes, il est produit dans les trichomes de la plante, que nous décrivons dans notre article sur l’anatomie de la fleur de chanvre. Il n’y est généralement présent qu’en très faible quantité.
La ressemblance entre ces trois molécules va au-delà de leur origine commune : elles partagent en effet une structure chimique très similaire, mais avec quelques différences qui leur confèrent des actions distinctes sur l’organisme. Le THCV se distingue notamment du THC par une chaîne latérale plus courte (propyle au lieu de pentyle). S’il est parfois qualifié de « cousin » du THC, ce n’est pas par hasard ; certains travaux suggèrent qu’il pourrait avoir des effets psychotropes à fortes doses, mais les données chez l’humain restent limitées.
Ce que dit la recherche : similitudes et différences avec le THC
Avant d’explorer plus en détail ce qui rend unique ce cannabinoïde, il convient de dissiper certains mythes qui l’entourent. Le THCV n’agit pas de la même façon que le THC. Selon les travaux de pharmacologie publiés par Roger Pertwee, il se comporterait à faibles doses comme un antagoniste des récepteurs CB1, l’un des principaux récepteurs du système endocannabinoïde, et comme un agoniste partiel des récepteurs CB2.
Une petite étude menée sur des volontaires sains (Englund et al., 2016) suggère qu’il pourrait atténuer certains effets du THC. Par conséquent, contrairement à une idée reçue, la présence de cette molécule dans certaines souches n’est pas nécessairement synonyme d’une expérience psychoactive exacerbée. D’autres essais, portant sur de petits effectifs, se sont intéressés au métabolisme. Ces résultats expliquent l’intérêt que suscite ce composé auprès des chercheurs, mais ils restent préliminaires et ne permettent de tirer aucune conclusion sur un usage en dehors d’un cadre de recherche.
Légalité du THCV : ce que dit la loi
La question de la légalité du THCV varie selon les pays et est fortement liée à la législation entourant le cannabis en général. Elle dépend aussi de la teneur du produit en THCV et de sa forme.
Le cas de la France
Le 3 juin 2024, l’ANSM a inscrit sur la liste des stupéfiants plusieurs cannabinoïdes hémisynthétiques (dont le HHC, le THCP, le H4CBD et le H2CBD) ainsi que certains dérivés du benzo[c]chromène, à l’exclusion du CBN. Une mise à jour publiée le 4 juin 2024 exclut de ce classement les substances présentes à très faibles concentrations dans les produits issus du chanvre industriel : le THCV et son précurseur acide, le THCVA, sous réserve que leur teneur ne dépasse pas 0,3 %.
Concrètement, le THCV naturellement présent en traces dans une fleur de chanvre conforme n’est pas visé. En revanche, un produit enrichi ou concentré en THCV au-delà de 0,3 % relève des stupéfiants. Les fleurs de CBD et les résines vendues en France doivent, de leur côté, respecter une teneur en THC inférieure ou égale à 0,3 % (arrêté du 30 décembre 2021).
Le cas de l’Europe
Au sein de l’Union européenne, la législation concernant les cannabinoïdes dépend des États membres. La plupart des pays européens considèrent que les produits contenant du THC sont illégaux, tandis que ceux contenant du CBD sont autorisés s’ils respectent certains critères. Le statut du THCV n’est pas harmonisé et varie d’un pays à l’autre.
Cependant, en vertu de la réglementation européenne relative aux « nouveaux aliments » (règlement (UE) 2015/2283), tout produit alimentaire contenant un cannabinoïde extrait de la plante de cannabis doit être approuvé avant d’être commercialisé. Aucune autorisation n’a été délivrée à ce jour pour le THCV ni pour le CBD : en France, les denrées alimentaires au CBD sont interdites à la vente et font l’objet d’un plan de contrôle de la DGAL depuis le 15 mai 2026.
Le cas des États-Unis
Aux États-Unis, la situation est également complexe. Le chanvre contenant au maximum 0,3 % de delta-9-THC a été retiré de la liste fédérale des substances contrôlées par le Farm Bill de 2018, tandis que le cannabis reste contrôlé au niveau fédéral. De nombreux États ont adopté leurs propres lois, et le statut des cannabinoïdes dérivés du chanvre, dont le THCV, fait l’objet de débats et d’évolutions réglementaires. Cet article se concentre sur le cadre français.
Perspectives d’avenir pour le THCV
Compte tenu de l’intérêt des chercheurs pour le THCV, son statut pourrait évoluer si des études cliniques de plus grande ampleur venaient à confirmer les premiers résultats. Toutefois, cela dépendra de l’avancée de ces études et des décisions des autorités sanitaires.
Il est également essentiel de mieux comprendre les interactions entre le THCV et les autres cannabinoïdes présents dans le cannabis, tels que le THC et le CBD, ce qui reste aujourd’hui un champ de recherche ouvert.
En résumé, le THCV est une molécule intrigante, mais les recherches à son sujet restent préliminaires et son usage est encadré en France. De par son côté potentiellement psychotrope, il est exclu de la liste des stupéfiants uniquement à l’état de traces, sous 0,3 %. Il ne peut donc pas être présenté comme un cannabinoïde « bien-être ».
De même, le H4CBD, longtemps présenté comme une alternative légale basée sur le CBD, est classé comme stupéfiant depuis le 3 juin 2024, au même titre que le HHC. Pour découvrir les autres cannabinoïdes naturels du chanvre, consultez notre article sur le CBG (cannabigérol) et celui sur le processus de fabrication du CBD. Les professionnels qui souhaitent proposer une offre conforme peuvent s’appuyer sur l’activité de grossiste CBD du Chanvrier Français et sur son réseau de franchisés.
FAQ sur le THCV
Le THCV est-il légal en France ?
Le THCV n’est exclu de la liste des stupéfiants que si sa teneur ne dépasse pas 0,3 % (mise à jour ANSM du 4 juin 2024). Un produit enrichi en THCV au-delà de ce seuil relève des stupéfiants.
Quelle est la différence entre le THCV et le THC ?
Les deux molécules ont une structure proche, mais le THCV possède une chaîne latérale plus courte. Selon les études de pharmacologie, il n’agit pas sur les récepteurs CB1 de la même manière que le THC. Les données chez l’humain restent limitées.
Le THCV est-il un médicament ?
Non. Le THCV fait l’objet de recherches préliminaires, mais aucun produit à base de THCV n’est autorisé comme médicament en France.
Le H4CBD est-il légal ?
Non. Le H4CBD est classé comme stupéfiant en France depuis le 3 juin 2024, comme le HHC, le HHCO, le HHCP et le THCP.
Une fleur de CBD contient-elle du THCV ?
Elle peut en contenir naturellement. L’analyse en laboratoire du lot indique les cannabinoïdes présents et leur teneur.
Sources
- ANSM, L’ANSM inscrit de nouveaux cannabinoïdes sur la liste des stupéfiants (mise à jour du 4 juin 2024)
- ANSM, Décision du 3 juin 2024 portant modification de la liste des substances classées comme stupéfiants
- Arrêté du 30 décembre 2021 portant application de l’article R. 5132-86 du code de la santé publique, Légifrance
- Règlement (UE) 2015/2283 relatif aux nouveaux aliments, EUR-Lex
- Pertwee R.G., The diverse CB1 and CB2 receptor pharmacology of three plant cannabinoids, British Journal of Pharmacology, 2008
- Englund A. et al., The effect of five day dosing with THCV on THC-induced cognitive, psychological and physiological effects in healthy male human volunteers, Journal of Psychopharmacology, 2016
- Jadoon K.A. et al., Efficacy and Safety of Cannabidiol and Tetrahydrocannabivarin on Glycemic and Lipid Parameters, Diabetes Care, 2016